Unité de recherche Design des Milieux

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Présentation de l’Unité de de recherche Design de milieux

Les recherches de l’Unité de recherche Design des milieux portent sur les relations au sein des milieux de vie, la création par le design de nouvelles relations, de nouvelles médiances, de nouveaux milieux. Elles interrogent la capacité du design à contribuer à la transformation de nos modes de vie.

La complexité des relations implique de manière intrinsèque une recherche pluridisciplinaire et transdisciplinaire. Ces recherches suscitent l’intérêt de chercheurs dans des domaines variés : l’économie, l’ingénierie, l’agronomie, les sciences humaines, l’art, le design, etc. les amenant à considérer les différentes formes d’innovation du point de vue des relations et des milieux de vie. Le monde actuel se présente comme un ensemble hétérogène de milieux technicisés : un territoire rural, une ville, un hôpital, un site industriel, mais aussi une administration constituent de tels milieux. Au sein de ces milieux, l’approche transversale met en relation les innovations technologiques, environnementales, sociales, politiques, économiques, conceptuelles et artistiques. Elle cherche à établir les rapports existants entre des problématiques écologiques, sociales, économiques, de santé ( care), de développement qui sont habituellement envisagées de manière isolée, à resituer l’individu, les groupes humains et plus généralement le vivant dans leurs relations aux milieux, à établir une relation juste entre milieux et individus qui ne soit pas au bénéfice ou au détriment des uns ou des autres.

Positionnement de la recherche

Milieu. La notion de milieu est héritée des travaux de l’éthologiste Jacob Von Uesküll. Pour celui-ci le concept de « milieu est un concept relationnel, corrélatif d’une conception du vivant comme sujet »1. Chaque être vivant ( est sujet ) et a son milieu propre. Le milieu « est constituant (de) et constitué (par) l’être dans son milieu »2. Uesküll oppose le concept de milieu à celui d’environnement défini comme « un concept objectif corrélatif d’une conception mécaniste du vivant ». L’environnement est conçu comme l’ensemble des éléments (biotiques ou abiotiques) qui entourent (environnent) un individu ou une espèce. Cet ensemble est un donné objectif et universel qui fait l’objet de l’écologie. Cette opposition est reprise aujourd’hui par le géographe et philosophe Augustin Berque dans ses travaux sur la mésologie, la science des milieux qu’il oppose à l’écologie.

Design du milieu – Design de l’environnement. Le philosophe Victor Petit dresse une opposition idéale entre 2 conceptions de l’éco-design, le design de l’environnement et le design du milieu.3 «  Au début des années 1970, la relation entre design et écologie ouvre deux voies possibles. La première fait de l’environnement une entité objective et quantifiable à la manière de Buckminster Fuller. La seconde fait de l’environnement un milieu qualitatif et relatif à celui qui l’habite, à la manière de Victor Papanek ou de Thomas Maldonado. Aujourd’hui, Steward Brand semble l’héritier de la première voie, et Enzo Manzini semble l’héritier de la seconde.»4

Pour Buckminster Fuller la terre était un vaisseau spatial dont la science, la technique et le design pouvaient résoudre les problèmes écologiques. Cette conception du design relègue la politique comme inefficiente pour la transition écologique. Elle adoptera plus tard les principes de l’écologie industrielle qui peuvent s’énoncer en « quatre points: valoriser les déchets comme des ressources, boucler les cycles des matières et minimiser les émissions dissipatives; dématérialiser les produits et les activités économiques ; décarboniser l’énergie ( Erkman, 2004). »5 Le design de l’environnement de Buckminster Fuller conduit à la géo-ingénierie.

A l’inverse, dans son ouvrage célèbre « Design for the real world », écrit entre 1963 et 1970, Victor Papanek appuyait sa réflexion sur la distinction entre les besoins réels et les besoins factices créés par la société de consommation. Le designer devait lutter contre l’obsolescence programmée, s’inspirer du vivant, lutter contre les pollutions… D’emblée, la nécessité de changer de mode de vie était postulée pour résoudre la crise écologique.

Écologie – Écologie politique. Le clivage entre le design de l’environnement et le design des milieux reflète celui qui oppose deux conceptions de l’écologie depuis l’émergence de l’Écologie politique dans les années 1970. La première considère l’environnement comme un objet analogue à un système technique que les techno-sciences peuvent prendre en main et gérer de manière technocratique, son objectif est de sauvegarder l’objet Terre sans changer les modes de vie des humains. La seconde conception est issue de l’Écologie politique, elle prend en compte les caractéristiques eco-techno-symbolique du milieu humain, son objectif est de transformer par la démocratie les modes de vie des humains pour sauvegarder l’entité formée par les humains, le vivant et leurs milieux.

Le design des milieux et la mésologie.6

Le design des milieux relève d’une approche mésologique. Il intègre les concepts fondamentaux de la mésologie et ses conséquences ontologiques, épistémologiques et pratiques. En posant l’existence humaine comme le produit du couplage dynamique entre l’individu et son milieu, la mésologie développe une ontologie humaine et du vivant dans laquelle le sujet humain n’est pas abstrait de sa réalité matériel, son corps, son lieu. Récusant le dualisme cartésien séparant l’âme et le corps, l’individu humain est considéré dans sa réalité psychique et corporelle, dans sa relation au milieu de vie. La mésologie rejette à la fois le dualisme ( âme – corps) et son pendant : l’objet moderne créé par la science. Elle repousse la séparation du subjectif et de l’objectif instauré par la modernité. Cette conception ontologique fonde les deux projets majeurs de la mésologie : rétablir la subjectivité de la chair et la subjectivité du milieu. La mésologie trouve dans les travaux de Merleau Ponty sur la phénoménologie de la perception les bases théoriques nécessaires à son premier objectif. Quant au second, il s’inscrit dans la réflexion phénoménologie du philosophe Watsuji sur les milieux humains prolongés par les travaux géographiques d’Augustin Berque.

1 Victor Petit, L’éco-design : design de l’environnement ou design du milieu ?, revue Sciences du Design, n°2 déc. 2015, puf, Paris, p. 33.

2 Ibid., p. 31.

3 Ibid., p. 31.

4 Ibid.p. 33.

5 Ibid.p. .34.

6 Nous nous référons à la mésologie développée par Augustin Berque.